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mardi 25 juin 2013

Quarante

.1 Citations

« ... j'aimais par-dessus tout relire les livres qui, loin de chercher à me distraire à tout prix, redonnent aux mots la saveur qu'il perdent dans la bouche de ceux qui vivent distraitement. »

Kafka à sa soeur Ottla : « J'écris autrement que je ne parle, je parle autrement que je ne pense, je pense autrement que je ne devrais penser, et ainsi de suite jusqu'au fond de l'obscurité. »

André MAJOR, À quoi ça rime ?

lundi 8 avril 2013

Dix-huit

.1 Relire

On devrait toujours se relire, différer la publication : mais est-on jamais satisfait ? J'ai relu ce soir la première partie de mon commentaire sur les Carnets d'André Major. J'ai un peu resserré, revu le deuxième paragraphe qui, ce soir, m'a paru bien confus, du moins dans sa structure. Écrire, c'est jardiner, en quelque sorte : y revenant, on découvre toujours la mauvaise herbe passée inaperçue...

Demain, la suite.

.2 Que lire ?

Nouveau sujet de réflexion, retour sur soi, sur ma vie « en littérature », pourquoi ces choix ? comment s'imposent-ils à moi  ? Critiques, journaux, télévision, Internet...

La semaine dernière G. A., personnalité subtile et attachante, que je vois peu, mais qui m'est cher -- que de belles conversations nous avons --, m'a recommandé un titre, déjà prometteur, Le pape des escargots, d'Henri Vincenot, un auteur qu'on pourrait dire oublié s'il avait eu quelque durable renommée, que les gardiens de sa mémoire me pardonnent : j'y reviendrai. Un nouveau voyage, en Bourgogne cette fois.

.3 Montaigne

Les Essais, je tourne autour. Écrire la vie, toujours. À force d'en entendre parler...
« Lecteur, je suis moy-mesme la matiere de mon livre : ce n'est pas raison que tu employes ton loisir en un subject si frivole et si vain.

dimanche 31 mars 2013

Seize

.1 Citation

« La hantise du lecteur est de mourir avant d'avoir lu ou relu certain livres qui font partie de sa vie. Sa bibliothèque est faite de souvenirs heureux, de remords aussi de ne pas avoir apprécié un certain nombre de chefs-d'oeuvre et de désirs encore inassouvis. Un jour viendra, pourtant, où il devra ne conserver qu'une infime partie de ses livres ou même y renoncer pour toujours » 13 janvier 1998.
André Major, Prendre le large.

.2 

Tout ça pour ça : presque deux mois que je me traîne à écrire ce commentaire des carnets d'André Major. Trop long le texte, j'en fais deux parties. Bien qu'assez insatisfait, je décide de ne plus en ajourner la mise en ligne. Tant pis : je pourrai toujours y revenir : le repentir est toujours possible, et pas seulement en peinture. J'imagine -- en fait je le souhaite -- que dans quelques jours, décantation et macération opérées, je saurai mieux dire, et l'écrire, l'importance de ces livres. Trop pour mes moyens (attention à la fausse modestie), pour l'heure, du moins.

.3 Anacoluthe

« Il fallait attendre que la terre dégèle pour inhumer l'urne funéraire de notre père. »
Le genre de phrase qui, pour moi, produit le même effet que le grincement d'un ongle sur un tableau noir : insupportable. On m'appelait, à la Législation, le chasseur d'anacoluthes... C'est aussi, que jusqu'à cette époque, j'avais moi-même beaucoup fauté. A. C. le jurilinguiste qui révisait nos textes m'a à tout jamais purgé de ce travers.

Toujours en mémoire, quant à A. C. : lui répondant qu'entre Montréal et Ottawa je lisais sur l'autobus, j'eus comme commentaire : « Cela doit être fort inconfortable. » Amère médecine du ridicule.

.4 La littérature selon Gracq et...

« La littérature, dit Julien Gracq, ne montre jamais. Elle ne dessine pas. Elle évoque. Elle convoque autour de la phrase qu'on vient de prononcer des images voisines qui s'agglutinent, mais ne permet pas de dessiner. » Janvier 1999

Et Major de broder sur ce thème, citant également Paul Valéry. Question aussi de Proust et de Mauriac, celui des Mémoires intérieurs, le plus beau selon lui.

Plus loin, commentaire sur le massacre de l'école Polytechnique.

.5 Être un homme selon Malraux.


Il semble qu'André Major n'aime pas beaucoup Malraux. Se trompe à son égard : pas de secrets honteux. D'ailleurs, la phrase n'est pas de M., mais d'un des personnages de La condition humaine. Contresens absolu : pour M.  « Un homme est la somme de ses actes, de ce qu'il a fait, de ce qu'il peut faire. » La Lutte avec l'Ange. D'où les Antimémoires. Mais cette confusion est fréquente, M. est toujours au purgatoire. Lire toutefois l'article que lui a consacré Régis Debray dans son récent recueil Modernes Catacombes.

Temps.

Je viens de retrouver la citation exacte dans le Miroir des limbes (Oeuvres complètes III, p. 10) :
« On m'a prêté la phrase d'un de mes personnages : "L'homme est ce qu'il fait". Certes, il n'est pas que cela ; et le personnage répondait à un autre : "Qu'est-ce qu'un homme ? Un misérable petit tas de secrets..." »
 Bien plus importante, et mystérieuse, je commencerais à peine à en saisir tout le sens, et ma première lecture des Antimémoires est contemporaine de la mort de M, est cette définition ce que qu'est un homme :
« Il reste que l'analyse de l'individu [il est question de Mémoires] ... nourrit une action de l'esprit... : réduire au minimum sa part de comédie. »
Les notes de l'édition donnent d'autres versions dans l’œuvre de M. :
« Être un homme, c'est réduire sa part de comédie » : titre d'un discours de 1935;
« [...] l'arme la plus efficace d'un homme, c'est d'avoir réduit au minimum sa part de comédie » Les Noyers de l'Altenburg.
Même définition dans Le démon de l'absolu et Le Triangle noir.

dimanche 24 mars 2013

Quatorze

.1

Difficile -- impossible ? écriture de la note sur les Carnets d'André Major. Comment ai-je pu tant aimer ces livres, et avoir tant de peine à en extraire le sel pour le blog. Brouillon, suppression (la rature électronique, en quelque sorte), re-brouillon, les versions se succèdent, et je n'ai toujours qu'un seul paragraphe, et fort peu satisfaisant encore.

Ces carnets génèrent leur propre carnet, et apostilles.

J'enrage.

.2

Fini le Journal de Deuil de Barthes. Ému par assimilation.

.3


Ecuador d'Henri Michaux : mon voyage de fin d'hiver : dépaysement et, j'en ai peu l'habitude : poésie. J'aborde en passager clandestin à bord de ce récit de jeunesse l'écrivain si fort vanté par Michel Cournot.

.4

Dîner chez les G., polonais comme il se doit, et vodka bison. Mère et une des filles, pas la romancière, la journaliste. Connaissances communes, conversations de circonstances; deux ou trois chiens, grand véhicule de conversations, mais je suis tellement chat...

mercredi 27 février 2013

Dix

L'esprit vagabond, d'André MAJOR, et RAMUZ

Entre la session chez l'acupuncteur et le rendez-vous chez le médecin, je disposais d'assez de temps pour passer par le Port de Tête -- j'évitais jusqu'à maintenant de nommer ma librairie, ou tout autre commerce, pratique héritée de mes jours de radio, mais ceux-ci révolus, et depuis longtemps à dire le vrai, plus rien ne s'y oppose, d'autant plus que j'aime cet établissement pour ses libraires, d'authentiques libraires, qui m'y accueillent et sont ... d'un commerce fort agréable, et de bon conseil -- y prendre le livre d'André Major mentionné en titre. Lequel fait le pont, dans les carnets que tient l'auteur depuis le milieu des années soixante-dix, entre Le Sourire d'Anton ou l'Adieu au roman et Prendre le large dont il a été question passim dans Les cendres et le plumeau, et dont je remets incessamment la mise au net du commentaire, mais qui ont constitué le miel de la fin de l'année -- moment où je me suis enfin résolu à tenir avec les présentes apostilles -- pourquoi non ? mes propres carnets de lecture, et même de vie.

Encore un peu de temps avant le médecin, direction la maison Camellia Sinensis, au Quartier latin, où je pourrais, outre prendre le thé, aujourd'hui un blanc de Chine, à loisir regarder la neige qui tombe... et feuilleter ma nouvelle acquisition. Un livre nouveau se prépare à la lecture, c'est ce que m'a enseigné tel amateur, et dont j'ai adopté la pratique : on l'ouvre, couché sur le dos, puis de gauche, puis de droite, alternativement, on prend une petite quinzaine ou vingtaine de pages, et l'on glisse le doigt du haut en bas en appuyant avec une certaine force, et jusqu'à parvenir au centre; ainsi, l'objet se manipulera bien mieux, et le dos ne s'abimera pas.

Au hasard de cette opération, que j'effectue toujours avec une lenteur certaine, page 214 :
« 22 décembre -- Hier soir, j'ai lu d'une traite un Ramuz acheté à Lausanne en 1982, au cours d'un reportage radiophonique [...]. Il s'agit de Découverte du monde, récit autobiographique ou plutôt récit d'apprentissage... »
Et page 217 :
« Soit dit en passant, je dois être avec Pierre Morency l'un des rares lecteurs de Ramuz -- du moins dans ma génération. »
Retour, dès lors obligatoire, vers De livre en livre, de Michel Cournot, daté du 16 octobre 1978 :
« Dans notre pays, les lecteurs de Ramuz sont introuvables. Sont-ils quinze ou soixante-dix, difficile de savoir, mais c'est dans ces eaux-là. Et Ramuz a fait remarquer qu'un si petit nombre de lecteurs, qui plus est, va diminuant : un jour ou l'autre, l'un d'entre eux part pour l'autre monde, l'un a les yeux trop usés pour s'entêter bêtement à le lire, au besoin l'un lâchera l'équipe, il a perdu le feu. »
C'était tout juste avant la fondation, en 1980, de l'association (France) Les amis de Ramuz, laquelle n'a pas, depuis, acquis le statut d'internationale...

Tout cela d'avoir, au salon de thé, regardé la neige qui tombe : pour moi, c'est du bonheur. Non dissemblable à celui procuré par la première gorgée de bière vantée naguère par quelqu'un de bien moins obscur que notre très rare Helvète.

mercredi 19 décembre 2012

Lire c'est vivre/citation

Toujours en compagnie d'André Major avec son Sourire d'Anton ou l'adieu au roman, bien qu'avec une certaine inconstance, tant je suis porté sur le butinage --  mais comment pourrait-il en être autrement, il s'agit ici d'un recueil de courts textes ?

Il réfléchit, dans ce texte du 20 juin 1984, à propos d'une émission française sur la lecture -- et non pas sur les livres -- intitulée Lire c'est vivre, sur les politiques culturelles :
« Cette émission [...] vaut bien plus que toutes les campagnes de promotion de la lecture, tous les festivals du livre, tous les salons de Montréal, de Québec et de Hull, financés par les pouvoirs publics. Quand nous aurons compris que ce n'est pas seulement en faisant la monnaie qu'on vend la littérature, mais en l'aimant pour ce qu'elle est -- pour sa gratuité, une gratuité qui peut devenir aussi nécessaire que l'air qu'on respire --, nous aurons peut-être commencé d'apprivoiser ce spectre qui terrorise ceux dont la mission est de gérer ce qu'on appelle nos productions culturelles. »
Un quart de siècle après... Sic transit gloria mundi.

Radio Canada n'existe plus, en tant que chaîne culturelle s'entend, devenue une machine à promotion publique de produits culturels. Et les salons, toujours les salons...