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dimanche 24 mars 2013

Quatorze

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Difficile -- impossible ? écriture de la note sur les Carnets d'André Major. Comment ai-je pu tant aimer ces livres, et avoir tant de peine à en extraire le sel pour le blog. Brouillon, suppression (la rature électronique, en quelque sorte), re-brouillon, les versions se succèdent, et je n'ai toujours qu'un seul paragraphe, et fort peu satisfaisant encore.

Ces carnets génèrent leur propre carnet, et apostilles.

J'enrage.

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Fini le Journal de Deuil de Barthes. Ému par assimilation.

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Ecuador d'Henri Michaux : mon voyage de fin d'hiver : dépaysement et, j'en ai peu l'habitude : poésie. J'aborde en passager clandestin à bord de ce récit de jeunesse l'écrivain si fort vanté par Michel Cournot.

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Dîner chez les G., polonais comme il se doit, et vodka bison. Mère et une des filles, pas la romancière, la journaliste. Connaissances communes, conversations de circonstances; deux ou trois chiens, grand véhicule de conversations, mais je suis tellement chat...

mercredi 27 février 2013

Dix

L'esprit vagabond, d'André MAJOR, et RAMUZ

Entre la session chez l'acupuncteur et le rendez-vous chez le médecin, je disposais d'assez de temps pour passer par le Port de Tête -- j'évitais jusqu'à maintenant de nommer ma librairie, ou tout autre commerce, pratique héritée de mes jours de radio, mais ceux-ci révolus, et depuis longtemps à dire le vrai, plus rien ne s'y oppose, d'autant plus que j'aime cet établissement pour ses libraires, d'authentiques libraires, qui m'y accueillent et sont ... d'un commerce fort agréable, et de bon conseil -- y prendre le livre d'André Major mentionné en titre. Lequel fait le pont, dans les carnets que tient l'auteur depuis le milieu des années soixante-dix, entre Le Sourire d'Anton ou l'Adieu au roman et Prendre le large dont il a été question passim dans Les cendres et le plumeau, et dont je remets incessamment la mise au net du commentaire, mais qui ont constitué le miel de la fin de l'année -- moment où je me suis enfin résolu à tenir avec les présentes apostilles -- pourquoi non ? mes propres carnets de lecture, et même de vie.

Encore un peu de temps avant le médecin, direction la maison Camellia Sinensis, au Quartier latin, où je pourrais, outre prendre le thé, aujourd'hui un blanc de Chine, à loisir regarder la neige qui tombe... et feuilleter ma nouvelle acquisition. Un livre nouveau se prépare à la lecture, c'est ce que m'a enseigné tel amateur, et dont j'ai adopté la pratique : on l'ouvre, couché sur le dos, puis de gauche, puis de droite, alternativement, on prend une petite quinzaine ou vingtaine de pages, et l'on glisse le doigt du haut en bas en appuyant avec une certaine force, et jusqu'à parvenir au centre; ainsi, l'objet se manipulera bien mieux, et le dos ne s'abimera pas.

Au hasard de cette opération, que j'effectue toujours avec une lenteur certaine, page 214 :
« 22 décembre -- Hier soir, j'ai lu d'une traite un Ramuz acheté à Lausanne en 1982, au cours d'un reportage radiophonique [...]. Il s'agit de Découverte du monde, récit autobiographique ou plutôt récit d'apprentissage... »
Et page 217 :
« Soit dit en passant, je dois être avec Pierre Morency l'un des rares lecteurs de Ramuz -- du moins dans ma génération. »
Retour, dès lors obligatoire, vers De livre en livre, de Michel Cournot, daté du 16 octobre 1978 :
« Dans notre pays, les lecteurs de Ramuz sont introuvables. Sont-ils quinze ou soixante-dix, difficile de savoir, mais c'est dans ces eaux-là. Et Ramuz a fait remarquer qu'un si petit nombre de lecteurs, qui plus est, va diminuant : un jour ou l'autre, l'un d'entre eux part pour l'autre monde, l'un a les yeux trop usés pour s'entêter bêtement à le lire, au besoin l'un lâchera l'équipe, il a perdu le feu. »
C'était tout juste avant la fondation, en 1980, de l'association (France) Les amis de Ramuz, laquelle n'a pas, depuis, acquis le statut d'internationale...

Tout cela d'avoir, au salon de thé, regardé la neige qui tombe : pour moi, c'est du bonheur. Non dissemblable à celui procuré par la première gorgée de bière vantée naguère par quelqu'un de bien moins obscur que notre très rare Helvète.

jeudi 14 février 2013

Six

Serenity now

Je rentre de ma piquerie juste à temps pour le five o'clock, lequel, chacun le sait, se prend à 16 heures. Il sera vert et chinois, cela va de soi. Le trajet depuis Cartierville est d'environ une heure de bus et de métro, assez pour quelques lignes et photos. Pour mémoire, quoique ce détail n'a que peu d'importance -- qui s'en souviendra demain -- quel bel après-midi, avec un léger redoux ensoleillé, pas assez pour inonder les trottoirs et rendre la marche désagréable, mais laisser sur la joue la sensation du contact avec le drap fraichement lavé (et pour les plus zélés d'entre nous, repassé). La piquerie, j'en sors toujours fort serein, et bien détendu. Piquerie ? Je pressens un sourcil interrogateur, voire désapprobateur. Autre détail pour mémoire : je me souviens de l'effarement d'un médecin de mes amis, aussi minutieux que consciencieux, au vu de ce terme dans ma correspondance, et de me téléphoner sur le champ. Piquerie : lisez le cabinet d'acupuncture que je fréquente, c'est, si on veut, l'absinthe de mon spleen. C'est ainsi que, tout bois, je suis sujet au vent qui trouble l'harmonie entre mes yin et yang : que j'aime ces métaphores de la médecine de Chine.

Halte à la librairie, où un livre m'attend depuis quelques semaines, et que rhume et bronchite oblige, je n'ai pu aller chercher, mais comme j'ai entrepris la lecture d'un de mes livres à livres -- De livre en livre, de Michel Cournot, commentaire à suivre sur Les cendres et le Plumeau -- je me suis procuré deux titres d'Henri Michaux, Un barbare en Asie et Ecuador, grâce auxquels je voyagerai dans les semaines à venir avec beaucoup plus d'agrément que toute la transhumance touristique. Agréable conversation avec le libraire, toujours d'un fort agréable commerce, échanges usuels sur nos états de santé respectifs, je le voyais amaigri -- à tort, une coupe de cheveux vous change -- il m'a, pour l'interminable bronchite, comparé à Bush le père : égalité des points.

Autre halte à la boucanerie -- qu'auriez-vous dit sur fumerie ? de la rue Marquette, et re-brin de causette.

Le reste du trajet, à pied.