vendredi 25 janvier 2013

Deux

Audace


« ...et où l'adverbe, chose rare, pétille son verbe. »

Je sens qu'on va me quereller pour ce « pétille son verbe », quelle audace de mettre un complément d'objet direct à un verbe intransitif ! C'est ainsi que je le sens, et si vous lisez Vialatte, vous verrez que j'ai raison.

mercredi 23 janvier 2013

A. D. 2013, numéro UN

Rassurez-vous, chalands, la boutique est toujours ouverte, et l'on n'a ni mis la clef sous la porte ni quitté ces affaires qui occupent, le plus souvent avec délices, nos jours et, l'âge venu et le fils d'Hypnos et de Nyx ne nous tendant plus ses bras qu'avec la plus grande économie, nos nuits. Alors que le commerce s'adonne, en janvier, aux soldes, l'on aura, ici, procédé à un petit inventaire du bout de l'an des cent cinquante-six articles, et trente apostilles, publiés -- quel bilan en tirer ? et profité du début du nouvel, pour effectuer, nous qui sommes du dernier sédentaire, un déplacement hors les murs, qui nous aura mené sur la côte du Maine. Pour enchanteresse que soit la déambulation sur la plage au mois de janvier, que l'on imagine propice à la lecture, l'alternance froid-chaud s'avère traîtresse, et bien cruelle quand s'installe chez soi un coryza, et comme à demeure depuis, lequel aura eu raison de nos meilleures intentions, et de toutes nos énergies, et nous aura contraint, sinon à baisser le rideau, du moins à une inaction forcée qui n'aura rien eu du farniente.

Bien peu de lecture, donc, hormis les récits de Tchékhov, mais une écoute attentive du cours, donné en 2009 au Collège de France, par Antoine Compagnon et intitulé Écrire la vie : Montaigne, Stendhal, Proust, sur lequel j'aurai l'occasion de revenir dans ma page principale.

Ogunquit, Maine, janvier 2013

jeudi 27 décembre 2012

Ménage

Comment réconcilier le goût de la collection et le désir d'échapper à la consommation ? Toujours à l'affut d'un article, d'un sujet, j'ai longtemps, curieux que je suis de tout, accoutumé de me procurer, en plus des livres, force journaux, revues et magazines, notamment sur mes auteurs de prédilection, ou ceux que je cherchais à mieux comprendre. Grand ménage, en ce jour de tempête, au retour d'une longue promenade dans le blizzard : exeunt tous ces numéros, dont certains datent de plus d'un quart de siècle, des Magazine Littéraire, Nouvel Observateur, Philosophie Magazine, au recyclage les Barthes et Foucault (deux numéros chacun), Wilde, Genet, Lacan (jamais lu...), Montaigne, quelques Malraux et Duras (péché de jeunesse). Le chemin aura été lent (deux jours) depuis la bibliothèque, au plancher, à la porte d'entrée et enfin au bac à recyclage au bout du couloir. Sorte de chemin de croix littéraire ? La semaine prochaine, ce sera le tour des bibliothèques, dont le surplus finira chez les bouquinistes qui en voudront bien, une autre vie pour ces livres  ?

mercredi 19 décembre 2012

Statistiques

L'outil Blogger se perfectionne, et nous laisse savoir le nombre de fois qu'un article est ouvert -- et qui sait, lu ? Je ne suis jamais tant fréquenté que quand je cite Pierre Foglia, de la Presse. Je m'en réjouis pour lui, que je tiens pour un grand billetiste, moins pour ma prose (et son auteur). Las, je sais que j'ai mes fidèles : Dieu reconnaîtra les siens... le plus souvent deux douzaines, en moyenne : mes apôtres ? Exception, l'article sur l'essai historique Le pape et le roi qui cartonne à 58 clics ! Il faut dire que, avec une perversité racoleuse, je l'avais d'un titre accrocheur, pour une fois l'ironie aura payé.

Lire c'est vivre/citation

Toujours en compagnie d'André Major avec son Sourire d'Anton ou l'adieu au roman, bien qu'avec une certaine inconstance, tant je suis porté sur le butinage --  mais comment pourrait-il en être autrement, il s'agit ici d'un recueil de courts textes ?

Il réfléchit, dans ce texte du 20 juin 1984, à propos d'une émission française sur la lecture -- et non pas sur les livres -- intitulée Lire c'est vivre, sur les politiques culturelles :
« Cette émission [...] vaut bien plus que toutes les campagnes de promotion de la lecture, tous les festivals du livre, tous les salons de Montréal, de Québec et de Hull, financés par les pouvoirs publics. Quand nous aurons compris que ce n'est pas seulement en faisant la monnaie qu'on vend la littérature, mais en l'aimant pour ce qu'elle est -- pour sa gratuité, une gratuité qui peut devenir aussi nécessaire que l'air qu'on respire --, nous aurons peut-être commencé d'apprivoiser ce spectre qui terrorise ceux dont la mission est de gérer ce qu'on appelle nos productions culturelles. »
Un quart de siècle après... Sic transit gloria mundi.

Radio Canada n'existe plus, en tant que chaîne culturelle s'entend, devenue une machine à promotion publique de produits culturels. Et les salons, toujours les salons...

dimanche 16 décembre 2012

Grand merci à D***, laquelle se reconnaîtra, pour ses bons mots d'encouragement, et je lui dirai que, loin de la tristesse suggérée par le vers de Paul Éluard, qui a servi de titre à un roman de Françoise Sagan, ils ont été pour moi, hier, « un peu de soleil dans l'eau froide ».

mercredi 12 décembre 2012

Citation

Pierre FOGLIA, Bilan tristounet (extrait), La Presse, 10 décembre 2012.

Je feuillette, virtuellement parlant, La Presse, la lis rarement, surtout les titres de l'actualité montréalaise, parfois, en soupirant, les pages dites Culture, qui ne sont que de la promotion à peine déguisée. Mais ne manquerais pas le billet de Foglia. Le seul de son genre ici, le ciel nous le garde longtemps, mais voici que l'heure de la  retraite approche : on le regrette déjà. On ne peut mieux dire.

« Qui êtes-vous ?

C'est le fait divers de la semaine. Il y a ce type qui se dispute avec un itinérant dans le métro de New York. L'itinérant pousse le type qui tombe sur la voie.

Il y a ce photographe pigiste qui s'adonne à être là et qui photographie la scène. Il y a le train qui arrive. On a demandé au photographe pourquoi il ne s'est pas plutôt précipité au secours du type, il a répondu qu'il n'aurait pas eu le temps de le sauver de toute façon. Il a dit aussi qu'il avait actionné son flash pour tenter d'avertir le conducteur du train.

Il y a enfin la photo dans le New York Post. Elle montre le type qui essaie de remonter sur le quai en prenant appui sur son bras gauche. On voit arriver le train. Entre l'avant du train et la tête du type, il doit y avoir deux secondes et demie.

Et il y a vous.

Vous êtes le photographe. Vous n'êtes pas "le" photographe, mais vous êtes photographe. Vous êtes quelqu'un sur le quai. Vous êtes l'itinérant. Vous êtes le directeur de l'information du New York Post qui doit décider de passer la photo ou non. Vous êtes le type sur la voie. Vous êtes le train. Vous êtes Susan Sontag, essayiste et romancière américaine qui a beaucoup écrit sur la photographie, notamment sur les photos de sa compagne Annie Leibovitz, un texte portant ce titre: Une photographie n'est pas une opinion. Ou bien si ?

Choisissez qui vous êtes dans ce fait divers. Moi, je choisis d'être la demie des deux secondes et demie, figée d'épouvante, je n'ai aucune opinion. Vous ? »