lundi 20 mai 2013

Trente-deux

.1 Proust interruptus

Journée chargée que ce beau dimanche de mai, je passe sur le bridge, avec un résultat moyen, mais, de retour à la maison, j'ai fait un peu d'écoute de podcasts, dont quelques unes des récentes chroniques de Philippe Meyer sur France Culture (je me sers de l'application pour IOS Stitcher intégrée au système SONOS) parmi lesquelles celle mentionnée dans l'article Coup double.

L'écoute faite, je me suis sans attendre procuré le livre de Didier da Silva en version électronique (ePagine), dont j'ai terminé la lecture hier soir. Je vous invite aussi à lire ses blogs (il se dit bipolaire...).

Congé a donc été donné à Proust, à MM Compagnon et Enthoven, mais n'ayez aucune crainte, on y revient aussitôt !

vendredi 17 mai 2013

Trente-et-un

.1 Citation

C'est Fontenelle (1657-1757) qui est l'auteur de la citation que j'ai paraphrasée hier. En voici le texte exact :

« Ne prenez pas la vie au sérieux ; de toute façon, vous n'en sortirez pas vivant. »

Trente

.1 Citations

« Mais déjà la journée finissait et j'étais envahi par la désolation du soir. » La Prisonnière

« Depuis si longtemps il avait renoncé à appliquer sa vie à un but idéal et la bornait à la poursuite de satisfactions quotidiennes, qu'il croyait, sans jamais se le dire formellement, que cela ne changerait plus jusqu'à sa mort ; bien plus, ne se sentant plus d'idées élevées dans l'esprit, il avait cessé de croire à leur réalité, sans pouvoir non plus la nier tout à fait. » Du côté de chez Swann, II

Des « idées élevées », qui, de nos jours, peut se payer le luxe d'en avoir, et qui ne seraient pas monnayables ?

« Alors, convalescent affamé qui se repaît déjà de tous les mets qu'on lui refuse encore, je me demandais si me marier avec Albertine ne gâcherait pas ma vie, tant en me faisant assumer la tâche trop lourde pour moi de me consacrer à un autre être, qu'en me forçant à vivre absent à moi-même à cause de sa présence continuelle et en me privant à jamais des joies de la solitude. »  La Prisonnière

.2 Coquille

Le plaisir immense et futile de trouver une coquille dans une Pléiade :

« ... pour ce Dreyfus, rui, coupable ou non, ne fait nullement partie... » Sodome et Gomorrhe II, p. 77

Ou la virgule qui manque :

« Ce n'est pas certes, je le savais que j'aimasse Albertine le moins du monde. » La Prisonnière, p. 530

mardi 14 mai 2013

Vingt-neuf

.1 Lendemain

Un peu austère le ton de mon commentaire de Mélodie - Chronique d'une passion. Écrit d'un seul jet, autour de minuit. J'en avais un peu le sentiment en l'écrivant, et conscient de mettre l'accent d'avantage sur le côté « passion » -- au sens quasi-religieux -- du terme plus que sur les joies de la vie avec un chien.

Peut-être suis-je trop chat ?

2. Claudel

Après coup, il me semble important de citer le texte de Claudel. L'auteur l'a entendu pendant une émission de Répliques, d'Alain Finkielkraut, consacrée au livre Le silence des bêtes d'Élisabeth de Fontenay :
« Maintenant, une vache est un laboratoire vivant, le cochon est un produit sélectionné qui fournit une quantité de lard conforme au standard. La poule errante et aventureuse est incarcérée. Sont-ce encore des animaux, des créatures de Dieu, des frères et des sœurs de l'homme, des signifiants de la sagesse divine, que l'on droit traiter avec respect ? Qu'a-t-on fait de ces pauvres serviteurs ? L'homme les a cruellement licenciés. Il n'y a plus de liens entre eux et nous. Et ceux qu'il a gardés, il leur a enlevé l'âme. Ce sont des machines, il a abaissé la brute au-dessous d'elle-même. Et voilà la cinquième plaie : tous les animaux sont morts, il n'y en a plus avec l'homme. »
De quand date ce texte ? je ne saurais dire.

samedi 11 mai 2013

Vingt-huit

.1 Au bar, ce soir, vendredi.

Un verre, en attendant la pluie, dans la foule jeune des vendredis, et joyeuse, après le travail : un entre nous qui fait le lien entre le chacun pour soi et le chez soi ; musique assourdissante Sweet Dreams Are Made of This, comme d'habitude je me demande « est-ce ainsi que les hommes vivent ? et leurs baisers... ».

Je donne dans le traditionnel : un Negroni ; puis un second.

Lecture, évidemment, peu importe le bruit, dans la mouvance Fitzgerald : Roger Grenier, Trois heures du matin. De circonstance : « Quand je suis à jeun, je ne peux pas supporter le monde, quand j'ai bu, c'est le monde qui ne peut plus me supporter. » Et aussi : « Alors j'ai bu pendant des années, et puis je suis mort. » (Carnets de notes).


La pluie n'est pas venue, pas tout de suite, la paresse m'a conduit au sushi bar d'à côté, pas vraiment fast, vu la demi-heure d'attente, plutôt faste, vu l'addition, et quelques pages plus avant, avec un thé vert dans un carton blanc.

Quelques gouttes plus tard, et je rentre entre chien et loup.

« ... dans la nuit véritablement noire de l'âme, il est toujours, jour après jour, trois heures du matin. » 

La Fêlure

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vendredi 10 mai 2013

Vingt-sept

.1 Gatsby le magnifique

Texte anglais :

« The only completely stationary object in the room was an enormous couch on which two young women were buoyed up as though upon an anchored balloon. They were both in white, and their dresses were rippling and fluttering as if they had just been blown back in after a short flight around the house. I must have stood for a few moments listening to the whip and snap of the curtains and the groan of a picture on the wall. Then there was a boom as Tom Buchanan shut the rear windows and the caught wind died out about the room, and the curtains and the rugs and the two young women ballooned slowly to the floor. »

Texte français (traduction de Philippe Jaworski) :

« Le seul objet absolument fixe de ce lieu était un immense canapé sur lequel deux jeunes femmes flottaient comme dans une nacelle à l'amarre. Elles étaient toutes deux vêtues de blanc, leur robe parcourue de frissons et de friselis, comme si la brise les eut ramenées à l'intérieur après un vol rapide autour de la maison. J'ai dû demeurer un instant sans bouger à écouter les rideaux claquer, et gémir un tableau accroché au mur. Puis il y eut un bruit d'explosion lorsque Tom Buchanan ferma les fenêtres de derrière ; prisonnier de la pièce, le vent expira, et les rideaux, les tapis et les deux jeunes femmes dans leur montgolfières redescendirent lentement à terre. »

.2 Traduction

Les passages mis en relief illustrent bien les difficultés de la traduction. Dans le premier cas, des verbes remplacent des noms, l'onomatopée de « claquer » étant, il me semble, moins forte que le « whip and snap » anglais. Inversement, dans le second cas, la souplesse de l'anglais, où il est plus facile qu'en français de faire un verbe d'un nom, crée une image bien plus saisissante que la périphrase de la traduction, notamment grâce aux belles allitérations « o/ou ».

.3 L'adaptation cinématographique de Baz Luhrmann

La conclusion de la critique de A. O. Scott du New York Times, Shimmying Off the Literary Mantle :
« ... a movie that is otherwise gaudily and grossly inauthentic. Jay Gatsby is too, of course. He is self-invented and also self-deluded, spinning out fantasies for himself and others as easily as he gives parties. As a character in Nick’s ruminations, in Fitzgerald’s sentences and in our national mythology, he is a complete mess. This movie is worthy of him. »

.4 Lire, relire

J'avais entrepris la lecture du roman dans les années soixante-dix, lors de la sortie du film de Jack Clayton, avec notamment Robert Redford et Mia Farrow -- le scénario étant écrit par Francis Ford Coppola. Entrepris, mais pas terminé, ne le trouvant pas très intéressant. Lire, c'est un peu comme vivre, un long apprentissage, avec des avancées, des reculs, des succès et des échecs. Mais, contrairement à la vie, on peut reprendre un livre. Aimer ce qu'on a ignoré ou dédaigné, ou l'inverse, trouver banal ce qui nous avait séduit. Et pourtant plusieurs estiment que relire n'est que du temps perdu. Grave erreur, à mon avis : car pas plus que l'homme ne se baigne deux fois dans le même fleuve, il ne lit deux fois le même ouvrage...

vendredi 3 mai 2013

Vingt-six

« Gars de char »

Se dit, en Québécois universel, « Gâ-d'châwr ».

Retrouvé cette citation du Pensum, le quotidien sérieux du Québec,colligée au cours du septennat où je partageais de temps à autres mes jours et mes nuits avec, « tout s'en va, tout se meurt* », l'homme de ma vie :

« J'ai toujours cru qu'il fallait profondément détester l'automobile et, probablement, se détester un peu soi-même pour choisir de conduire un produit Toyota et, ainsi, s'infliger des années de bagne derrière son volant. Au chapitre du comportement routier, la Yaris repousse le seuil du masochisme exigé des acheteurs traditionnels de la marque. » Pascal Boissé, Le Devoir (11 juin 2007)
Il conduisait une ... je vous le donne en mille -- façon de parler -- (et encore, elle dûre cette bagnole).

Et l'on conclurait, avenue du Mont-Royal, d'un sagace « Gâwr ».

* Charles Aznavour